Du Retour à l’Ingénierie Pédagogique

 

Du retour à l'ingénierie pédagogique

Au cours de la dernière décennie les formations professionnelles en langues se sont orientées vers l’industrialisation des Plans et du DIF. La Réforme en cours et notamment le Compte Personnel de Formation (CPF) remettent à l’ordre du jour l’Ingénierie Pédagogique.

Depuis 2005 et l’instauration du DIF, les entreprises achètent essentiellement un tarif par heure de formation réelle qu’elles cherchent ensuite à indexer en partie voire en totalité si possible sur les taux de remboursement de leur OPCA.

Le « résultat » de la formation ne s’exprime plus guère en termes d’accroissement des compétences ou de retour sur investissement. Les « reportings » se font sur le nombre de personnes formées, le nombre d’heures de formation suivies par chaque salarié, la performance du différentiel financement externe vs. abondement de l’entreprise.

Conséquence directe, les appels d’offres se sont multipliés, dépersonnalisant la relation acheteur-prestataire : l’élément critique dans les réponses devient le tarif par heure de formation, comptant bien souvent pour plus de 50% dans la décision finale. D’ailleurs, le plus souvent, ces appels d’offres ne cherchent pas à identifier LE meilleur partenaire pour une prestation donnée de formation : ce sont des A/O de référencement – on va finalement référencer plusieurs organismes pour ne pas prendre trop de risques.

Naturellement, ces appels d’offres se traduisent par une hyper-concurrence entre les organismes, favorisant la consolidation des prestataires de dimension nationale ou internationale, au détriment des organismes « domestiques », de taille plus modeste et forcément moins capables de déployer leurs solutions à une échelle géographique plus large.

Les prestataires plus « déployables » ont tous choisi la voie de la formation à distance (essentiellement e-learning et formation par téléphone/webcam), parfois couplée à des accords locaux pour assurer une partie toujours plus réduite de présentiel. Pour être compétitifs, ils ont dû combiner 2 stratégies souvent menées en parallèle :

– La recherche du moindre coût de production (formateurs basés à l’étranger à moindre rémunération, équipes d’administration et de suivi des formations allégées),

– L’optimisation de tous les process dans leur organisation (recrutement, formation initiale et continue des formateurs, évaluations initiales, évaluations post-formation).

Bien entendu, dans cette course au meilleur tarif horaire, l’évaluation de la formation a, dans les meilleurs des cas, été réduite à des QCM en ligne développés en interne par chaque organisme – sans réelle valeur externe. En effet, quel organisme de formation voudrait risquer de perdre un appel d’offres en ajoutant à son tarif par heure de formation réelle le coût d’une évaluation externe reconnue (TOEIC, Bright, Bulats, etc.) ?

Quelques entreprises ont toutefois institué des évaluations externes. Ces tests, souvent exigés en aval de la formation, sont très utiles aux Services Formation pour piloter leurs actions, surtout lorsqu’ils travaillent avec plusieurs prestataires.

Mais voilà : quid de la transmission des informations pédagogiques, des objectifs opérationnels de chaque salarié ?

Des organismes se sont déclarés « ensembliers » : évaluation, formations en présentiel et à distance assurées par leurs moyens propres. D’autres se sont déclarés « assembliers » : les formations sont dispensées tout ou partie par d’autres organismes, en sous-traitance.

Dans les 2 cas, ces organismes sont surtout devenus des administrateurs de formation pour leurs clients, assurant une bonne partie du travail quotidien avec les OPCA et les sous-traitants, satisfaisant surtout à la tendance au débit industrialisé des heures de formation.

La sincérité et la volonté d’Ingénierie Pédagogique des assembliers et des ensembliers ne sont pas remises en questions ici. Mais l’on comprendra que pour eux aussi, les évaluations des niveaux et des objectifs doivent être réalisés au moindre coût, et même ne rien coûter si possible.

La responsabilité d’un organisme de formation, quel que soit le domaine, quelles que soient les nouvelles réformes doit être de :

– Recueillir les besoins de formation,

– Les traduire en parcours pédagogiques pertinents, voire sur-mesure,

– Mettre en œuvre ces parcours,

– Les suivre et informer les RF,

–  Rendre compte de ce qui a été réalisé (évaluation 2ème step),

– Rendre compte des transformations opérées (évaluation 3ème step).

La Réforme impose de revenir à ces fondamentaux. Le CPF, notamment, exige que les formations « hors socle commun de connaissances et de compétences » soient validées et certifiées par une validation reconnue.

De fait, si les formations en langues passent « hors socle », cela se traduira par l’obligation de passer un test à l’issue de la formation, si l’entreprise veut pouvoir l’imputer au titre du CPF.

De nombreux points restent opaques, et non des moindres. Doit-il y avoir également un test en amont ? Quels seront les « tests » validés par les autorités et partenaires signataires ? Les décisions seront-elles transversales, ou bien différenciées selon les branches, les OPCA, les délégations régionales ? Etc.

Peu importe. Ce qui compte c’est bien que la formation en langues, comme dans les autres domaines, va devoir rendre des comptes et tendre vers la démonstration de « l’employabilité » des individus formés.

Finis les simples comptes rendus « nous avons fait ceci, et Mme X est désormais capable de cela ». Il faudra y ajouter un score, un positionnement objectif, externe, sur l’échelle du Conseil de l’Europe, et synthétiser par une mesure officielle les progrès réalisés.

Même s’il existe un risque fort à voir une partie des formations se concentrer sur du bachotage, pour obtenir le meilleur score à un examen, on voit bien quand même que la Formation Professionnelle s’oriente (revient ?) vers la notion de progression des compétences, avec des exigences très fortes sur la manière de déclarer cette progression. Pour accompagner cette évolution, la notion de « performance » de l’organisme va se renforcer.

Il était temps !

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